Intégration
n8n ou Make pour une PME : lequel choisir, et dans quels cas aucun des deux
par Paul Mantez, Co-fondateur & Développeur

« n8n ou Make ? » est une des questions qu'on nous pose le plus souvent quand une PME veut arrêter de ressaisir ses données entre le CRM, la facturation et le reste. La réponse honnête tient en une phrase : ce sont deux bons outils qui font le même travail, et le bon choix dépend de trois choses qu'on peut mesurer avant de signer. Cet article les passe en revue, avec les tarifs affichés par les deux éditeurs en septembre 2026, et dit aussi dans quels cas la bonne réponse n'est ni l'un ni l'autre.
Notre position, pour être transparent : chez nos clients, n8n est devenu notre middleware de référence entre le CRM et le reste de la stack. Ça ne nous empêche pas de laisser un scénario Make en place quand il fait le travail, et de le dire.
Ce que les deux font aussi bien
Un éditeur visuel où l'on enchaîne des blocs : un déclencheur (un formulaire soumis, une facture créée, une heure fixe), des étapes (chercher un contact, créer une ligne, envoyer un message), des conditions et des boucles. Des centaines de connecteurs prêts à l'emploi vers les outils courants, CRM compris, et un bloc HTTP pour parler à n'importe quelle API qui n'a pas son connecteur. Des journaux d'exécution pour voir ce qui s'est passé. Un hébergement possible dans l'Union européenne.
Sur une synchronisation simple, du type « un nouveau client dans HubSpot crée une fiche dans l'outil de facturation », les deux se construisent en une heure et tournent pendant des années. Si votre besoin s'arrête là, le reste de l'article vous dira surtout lequel coûtera le moins cher.
Différence n°1 : ce qu'on compte quand on paie
C'est la différence qui pèse le plus sur la facture, et la moins visible sur les pages de tarifs.
Make compte les actions. Depuis le 27 août 2026, l'unité de facturation s'appelle le crédit, et chaque action d'un module en consomme en général un : lire, créer, mettre à jour, transformer, agréger, itérer. Les routeurs et les modules de gestion d'erreur ne comptent pas. Un scénario de huit modules qui s'exécute une fois consomme donc huit crédits.
n8n compte les passages. Une exécution est un passage complet du workflow, quel que soit le nombre d'étapes qu'il traverse. Un workflow de deux blocs et un workflow de vingt blocs coûtent la même chose à chaque déclenchement.
Sur un petit scénario, la différence est invisible. Sur un workflow long à fort volume, elle change de plan tarifaire.
| Le même workflow de 8 étapes | 10 passages par jour | 200 passages par jour |
|---|---|---|
| Make (1 crédit par action) | 2 400 crédits par mois : plan Core, le gratuit s'arrête à 1 000 | 48 000 crédits par mois : près de cinq fois le forfait des plans Core, Pro et Teams |
| n8n cloud (1 exécution par passage) | 300 exécutions par mois : plan Starter | 6 000 exécutions par mois : plan Pro |
| n8n chez vous | un serveur, sans limite | un serveur, sans limite |
Les tarifs affichés en septembre 2026, pour situer : Make propose un plan gratuit à 1 000 crédits par mois (deux scénarios actifs, déclenchement toutes les 15 minutes au plus), puis Core, Pro et Teams à 9, 16 et 29 dollars par mois en facturation annuelle, tous les trois avec 10 000 crédits inclus ; au-delà, on achète des crédits ou on monte de palier. n8n cloud démarre à 20 € par mois en annuel pour 2 500 exécutions (Starter) et 50 € pour 10 000 (Pro), utilisateurs et workflows illimités dans les deux cas. L'édition Community de n8n, à installer soi-même, ne coûte rien en licence et n'a pas de limite d'exécutions.
Ce qu'il faut retenir : avant de comparer les abonnements, comptez vos passages par jour et vos étapes par workflow. Multipliez. Le résultat désigne souvent l'outil tout seul.
Différence n°2 : où ça tourne, et qui s'en occupe
Make est un service en ligne, uniquement. À la création de l'organisation, on choisit un centre de données dans l'Union européenne ou aux États-Unis, et ce choix ne se change plus ensuite. Vos données de workflow transitent chez Make. En échange, il n'y a rien à maintenir : pas de serveur, pas de mise à jour, pas de sauvegarde à organiser.
n8n a deux visages. Le cloud de l'éditeur, hébergé à Francfort, avec le même confort qu'un SaaS. Ou l'installation chez vous : un conteneur sur un serveur que vous choisissez, dans le pays que vous choisissez. Les données ne sortent pas de votre infrastructure, il n'y a pas de compteur, et les workflows s'exportent en JSON à tout moment.
L'installation chez vous a un prix, et ce n'est pas la licence. C'est le temps de quelqu'un : mettre à jour l'instance régulièrement, sauvegarder la base qui contient les identifiants et l'historique, tenir le certificat HTTPS, surveiller que ça tourne, restaurer un jour. Un serveur virtuel à quelques dizaines d'euros par mois suffit ; la compétence pour le tenir, elle, doit exister en interne ou être achetée. Quand elle n'existe pas, le cloud n8n ou Make est le choix raisonnable, pas un renoncement.
La question de l'hébergement devient une vraie question quand les workflows manipulent des données de clients ou de patients, ou quand un responsable de la protection des données a son mot à dire. Là, « les données restent sur notre serveur » est un argument qui met fin à la discussion.
Différence n°3 : quand la logique dépasse les blocs
Un workflow de production ne ressemble pas à la démo. Il rencontre des doublons, une API qui répond trop lentement, un enregistrement modifié entre deux étapes, un déclencheur reçu deux fois. Ce qui distingue un workflow qui tourne trois semaines d'un workflow qui tient trois ans, c'est ce qu'on fait de ces cas-là.
Sur ce terrain, n8n donne plus de marge : un bloc de code JavaScript ou Python dans le workflow quand une transformation ne s'exprime pas en blocs, une gestion d'erreur par étape avec reprise, et l'accès au serveur pour tout ce que l'interface ne prévoit pas. Make sait faire une partie de ça, avec des fonctions intégrées, des gestionnaires d'erreur et la possibilité de créer ses propres applications, mais on atteint plus vite le moment où l'on contourne l'outil au lieu de l'utiliser.
Le signe qu'on a atteint ce moment : un scénario de soixante modules que plus personne n'ose ouvrir, ou trois scénarios qui se déclenchent en cascade pour faire ce qu'un seul bloc de code ferait en vingt lignes. À ce stade, la question n'est plus « n8n ou Make », c'est « middleware ou code » (on y vient plus bas).
Et l'intelligence artificielle dans tout ça
Les deux proposent des blocs pour appeler un modèle de langage, classer un texte, extraire des données d'un document. n8n va plus loin sur les agents, avec des blocs d'agent, d'outils et de mémoire, et la possibilité de brancher un modèle hébergé localement. C'est un vrai avantage si votre projet est là. Pour une PME qui veut d'abord arrêter de ressaisir des factures, ce n'est pas le critère de choix, et un bloc « appeler un modèle » suffit dans les deux outils.
Une règle qu'on applique quelle que soit la plateforme : l'IA propose, une règle ou un humain valide. Un workflow qui laisse un modèle écrire directement dans le CRM sans contrôle finit par y écrire des bêtises.
La grille de choix
| Votre situation | Notre réponse |
|---|---|
| Une à trois liaisons simples, quelques dizaines de passages par jour, personne de technique | Make (gratuit ou Core), ou n8n cloud Starter. Le premier scénario tourne dans l'après-midi |
| Du volume (des centaines de passages par jour) ou des workflows longs | n8n, cloud ou chez vous, parce que le passage coûte le même prix quelle que soit sa longueur |
| Des données clients ou patients dans les flux, un DPO qui pose des questions | n8n chez vous |
| Une transformation qui ne s'exprime pas en blocs, une API capricieuse, des reprises sur erreur à gérer | n8n, pour le code dans le workflow |
| Personne pour tenir un serveur, et pas de budget pour le faire tenir | Make ou n8n cloud, jamais une instance auto-hébergée abandonnée |
| L'automatisation vit entre deux objets de votre CRM | Ni l'un ni l'autre : le CRM le fait déjà |
| L'automatisation est votre cœur de métier | Ni l'un ni l'autre : du code |
Quand ce n'est ni l'un ni l'autre
Le CRM le fait déjà. Salesforce Flow, les workflows HubSpot, les actions automatisées d'Odoo couvrent tout ce qui se passe entre deux objets du même outil : une affaire gagnée crée une tâche, un contact sans activité depuis 90 jours change de statut, un devis accepté passe en commande. Sortir de l'outil pour y revenir par un middleware ajoute un compteur, un point de panne et un endroit de plus où chercher quand ça ne marche pas. La première question à poser avant d'ouvrir n8n ou Make : est-ce que ça se passe dans un seul outil ?
C'est votre cœur de métier. Une passerelle de facturation électronique vers une Plateforme Agréée, un calcul de prix qui dépend de trente règles, une synchronisation d'ERP avec des milliers de lignes par nuit : ce sont des programmes, avec des tests, un déploiement et une personne responsable. On les écrit en Node.js ou en Python, on les héberge chez le client, on les surveille. Un middleware visuel peut les prototyper ; il ne doit pas les porter. On a raconté une passerelle Sage X3 vers Salesforce construite exactement sur ce principe.
Entre les deux, le middleware est à sa place : ce qui traverse plusieurs outils, sans décision humaine, avec une logique qu'on peut lire à l'écran.
Passer de Make à n8n, ou l'inverse
Il n'existe pas de convertisseur. On reconstruit, et c'est une bonne nouvelle : la reconstruction est l'occasion de reprendre les cas d'erreur qu'on avait laissés de côté. La plupart des migrations qu'on voit vont de Make vers n8n, pour deux raisons : la facture en crédits qui a grossi avec l'activité, et le besoin de code. Dans l'autre sens, ça arrive quand l'instance auto-hébergée n'a plus personne pour la tenir.
Avant de migrer, une vérification : combien de scénarios tournent vraiment, et combien sont morts. Sur un compte Make de deux ans, la moitié des scénarios n'a souvent plus de raison d'exister. On migre le reste, workflow par workflow, en laissant l'ancien actif jusqu'à ce que le nouveau ait tourné une semaine sans erreur.
Les erreurs qu'on voit le plus souvent
Choisir sur l'abonnement de départ. Neuf dollars par mois est un prix d'appel, pas un coût de fonctionnement. Le coût réel se lit sur le compteur au bout de trois mois d'usage.
Confier le cœur de métier à un scénario. Le jour où la facturation dépend d'un scénario Make que personne ne sait relire, l'entreprise a un problème que l'outil n'a pas créé, mais qu'il rend difficile à voir.
Auto-héberger sans personne pour tenir le serveur. Une instance n8n qui n'est pas mise à jour depuis dix-huit mois, sans sauvegarde, avec des identifiants partagés dans un seul compte, finit par tomber un vendredi soir.
Ne pas gérer les erreurs. Un workflow sans branche d'erreur ni alerte échoue en silence. On s'en aperçoit quand un client demande pourquoi il n'a pas reçu sa facture.
Tout migrer par principe. Un scénario Make de trois modules qui tourne dix fois par jour n'a aucune raison de bouger. On ne migre pas pour l'idée, on migre pour le compteur ou pour le code.
Questions fréquentes
n8n est-il vraiment gratuit ?
La licence de l'édition Community, oui : elle s'installe sur votre serveur sans rien payer à l'éditeur et sans limite d'exécutions, sous une licence qui autorise l'usage interne et interdit de la revendre en tant que service. Ce qui coûte, c'est le serveur (quelques dizaines d'euros par mois) et surtout le temps de quelqu'un pour le mettre à jour, le sauvegarder et le surveiller. Le cloud n8n, lui, est payant : 20 € par mois en annuel pour 2 500 exécutions en septembre 2026.
Make est-il moins cher que n8n ?
Sur de petits volumes, oui : le plan gratuit couvre 1 000 crédits par mois, et Core démarre à 9 dollars par mois en annuel pour 10 000 crédits. Mais Make compte un crédit par action de module, là où n8n compte une exécution par passage complet du workflow. Un workflow de huit étapes qui tourne deux cents fois par jour consomme environ 48 000 crédits par mois chez Make et 6 000 exécutions chez n8n. Au-delà de quelques milliers d'actions par mois, l'ordre s'inverse.
Peut-on héberger Make sur son propre serveur ?
Non. Make est un service en ligne, avec un centre de données dans l'Union européenne ou aux États-Unis, choisi une fois pour toutes à la création de l'organisation. Si vos workflows doivent tourner sur votre infrastructure, c'est n8n, dont l'édition Community s'installe chez vous.
Faut-il un développeur pour utiliser n8n ?
Pas pour construire une liaison simple entre deux outils : l'éditeur visuel est du même niveau que celui de Make. Il en faut un dès que la logique dépasse les blocs (une transformation en JavaScript, une reprise sur erreur fine) et pour tenir une instance auto-hébergée dans la durée. Si vous n'avez ni l'un ni l'autre, le cloud n8n ou Make sont les choix raisonnables.
Mon CRM a déjà des automatisations, pourquoi ajouter n8n ou Make ?
Il ne faut pas, tant que l'automatisation se passe dans un seul outil. Salesforce Flow, les workflows HubSpot ou les actions automatisées d'Odoo couvrent ce qui se joue entre deux objets du CRM. Un middleware devient utile quand le flux traverse plusieurs outils : le CRM, la facturation, le support, un outil métier. Il ajoute un compteur et un point de panne, il doit apporter quelque chose que le CRM ne sait pas faire.
Peut-on migrer ses scénarios Make vers n8n automatiquement ?
Non, il n'existe pas de convertisseur fiable, et on ne le regrette pas : reconstruire un workflow est l'occasion de traiter les cas d'erreur laissés de côté. On commence par trier les scénarios encore utiles, souvent la moitié, puis on migre workflow par workflow en laissant l'ancien actif jusqu'à une semaine sans erreur sur le nouveau.
n8n ou Make n'est pas un choix de conviction, c'est un calcul à trois entrées : combien de passages, où doivent vivre les données, et jusqu'où va la logique. Et la première question à poser vient avant les deux outils : est-ce que ça se passe dans un seul outil, auquel cas le CRM le fait déjà, ou est-ce que c'est votre cœur de métier, auquel cas c'est du code.
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